FR | EN | NL

ARCHIVES | 2006 | MUSIQUE | DEERHOOF


Biographie

Tout le monde sait que la musique pop est un sujet délicat; si ce n'était pas le cas, il n'y aurait pas autant de débats passionnés et houleux à son sujet. Le quartet expérimental de San Francisco Deerhoof, formé en 1994, a trouvé de nouveaux moyens pour échapper à ses pièges. Ils le font en torturant implacablement les structures de base de la chanson pop, se les appropriant tantôt de manière directe, tantôt en les faisant valser au-dessus leurs têtes, ou encore parfois en les abandonnant entièrement à la faveur d'une noise abstraite.

Blonde Redhead et les Boredoms ont souvent été cités par les critiques comme groupes de référence pour Deerhoof (ceci étant sans doute dû, en grande partie, à la présence de vocalistes féminines japonaises au chant peu usuel dans les trois groupes), et même si ces comparaisons aident à contextualiser le son de Deerhoof, elles échouent à mettre en évidence ce qui est tellement "hors du commun" chez ce groupe.

 

photo1

 

Il y a en effet beaucoup d'éléments "avant-garde" dans leurs chansons: motifs noise de guitare, bips-bips au Casio, éclats épars de batterie, production bancale de type "bedroom recording", ou les prestations vocales de la chanteuse Satomi, qui vous font à chaque fois vous demander "où a-t-elle été chercher cette mélodie?... est-ce une mélodie ?".

Mais ce qui est particulièrement remarquable, c'est la manière dont le groupe délivre cette espèce d'énergie effervescente "enfantine". Pas du tout naïve, mais juste enfantine. Quand Deerhoof devient vraiment bruyant, ça ressemble à un enfant, par terre dans la cuisine, tirant tous les pots et casseroles hors des armoires. En d'autres termes, Deerhoof fait des comptines expérimentales pop.

 

photo2

 

Entre 1997 et 2004, le groupe a sorti cinq albums, parmi lesquels les succès critiques 'Reveille' et 'Milk Man'. 2005 a été une année particulièrement chargée pour eux: non seulement ils ont tourné aux USA, en Europe et au Japon, mais ils ont aussi sorti l'EP 'Green Cosmos', l'album 'The Runners Four', et un tribute-album, seulement disponible sur leur site web, leur a été consacré.

2006: ils sont de retour, et ils vont tout faire péter au Rhâââ Lovely Festival!

 

Discographie

-) 1997 : 'The Man, The King, The Girl' sur Kill Rock Stars.

nom_image

 

-) 1999 : 'Holdy Paws' sur Kill Rock Stars.

nom_image

 

-) 2002 : 'Reveille' sur Kill Rock Stars.

Ce qu'en pense Perte Et Fracas :

[...] La constance reste cet esprit dérangé, cette volonté de rompre avec les structures, de présenter 16 piécettes en trente minutes avec l'entrain d'une bande de gosses laissés seuls dans une pièce remplie de jouets. Pour faire pro, nous parlerons ici d'avant-gardisme et d'expérimentations de troisième decan. Et le pire, c'est que tout ça est foutrement intéressant! Chaque morceau possède son gimmick intriguant, son effet retors, ses mélodies en équilibre qui font mouche, ses bouts de guitares qui pendouillent. Un travail sur les guitares d'ailleurs remarquable d'esprit aventureux. Sans compter sur le charme de Satomi Matsuzaki dont l'origine asiatique n'est pas le seul point commun avec la chanteuse-bassiste de Blonde Redhead. Timbre haut perchée, enfant de la balle aux pays du larsen, Satomi conduit ses troupes, l'esprit enfantin mais la main ferme. Blonde Redhead reste en tout cas le point de repère le plus évident. "Reveille" possède ce charme acidulé qui attire irrésistiblement et en même temps trompe son monde. Cette fausse pop déglinguée aux éclats à double-tranchant. Des comptines pour grandes personnes. C'est touche-pipi dans les toilettes des grands. Un bon petit vent vicieux à consommer avec délectation en se léchant bien le bout des doigts.

SKX - site.

nom_image

 

-) 2003 : 'Apple O' sur Kill Rock Stars.

Ce qu'en pense Sans Tambour Ni Trompette :

Deerhoof est ce bel oiseau américain qui a déjà voyagé longuement hors de ses frontières depuis sa naissance il y a une dizaine d'années ! Greg Saunier, le batteur et seul membre fondateur encore en activité, est passé par mille chemins et mille façons d'appréhender le rock... Depuis les débuts expérimentaux jusque cette version épurée ci, on remarque un réel attrait pour la mélodie, John Dietrich (Gorge Trio, Natural Dreamers...) en guitariste vedette jouant d'un doigté superbement posé. Pour ceux qui ont eu la chance de les voir en concert, Greg Saunier est ce batteur au pied nu, un type tout plein d'énergie qui s'est entouré au fil du temps de moult compatriotes avec cette fois la voix de Satomi Matsuzaki en étendard. Une petite nippone aussi détentrice de la basse qui joue souvent dans le jardin pop décalé pas loin des jouets et des superbes mélodies du rock de Blonde Redhead ! Un disque réellement réussi qui épure encore plus le style du précédent "Reveille" (5RC, 2002), érant souvent dans des ambiances que l'on connait depuis toujours et qui réussit l'amalgame de la pop classieuse et du rock dévergondé ! Vous avez loupé la tournée, tant pis pour vous, parce qu'on reconnait les titres de ce nouvel album au premier coup d'oreille ! Une grande réussite !

Erwan - site.

nom_image

 

-) 2004 : 'Milk Man' sur Kill Rock Stars.

Ce qu'en pense Indiepoprock :

Deerhoof : Mignon petit condensé de Melt Banana à l’usage des 5-6 ans ou parodie en biscuit d’Erase Errata pour lutins enchantés ?

On avait tous bu la tasse à l’écoute du bluffant « Apple O' », leur précédent album, et bien maintenant on va tous se remplir un grand verre de lait et remettre ça à l’occasion de la sortie de « Milk Man ».

« Milk Man » s’apparente à la traversée la plus rock’ n roll de train fantôme qu’il m’a été donné de faire ! A bord d’une jeep électrique couleur ketchup, on sillonne des paysages gentiment chimériques peints d’une pop-rock délurée et délirante. Alors attachez vos ceintures pour une ballade frissonnante signée Deerhoof !

Après avoir traversé « Milk Man », la porte d’ouverture schizophrène, on découvre bouche-bée un vers vampire suceur de fraises entamer une « Giga Dance » infernale, stimulé par la voix tout en confiture de Satomi, sa chanteuse nippone préférée. Suite à ce spectacle horrifiant, on boute sur un « Desapareceré » rythmé où l’on retrouve l’inévitable homme invisible, mais cette fois-ci, tout spécialement vêtu d’espagnol.

Quant à « Rainbow Silhouette », il ne manquera pas de vous donner le vertige par son instrumentale raillée façon montagnes russes. Arrive « Dog On The Sidewalk ». Alors là, je dis attention. Que les enfants se bouchent les yeux et ferment leurs oreilles face à ces paroles d’une crudité terriblement explicite : « Dog On The Sidewalk I Saw, Wan Wan Kun Ga Poko Poko Pon Pon Pon ! ».

A peine une minute plus tard, on avale rapidement un comprimé de vitamine C et on fonce rejoindre ce fantôme abruti affublé d’une banane dans le derrière qui multiplie les cabrioles au son du remuant « Milking ». [...] Pour en savoir plus il va falloir se procurer ce disque qui regorge encore de nombreuses perles pop loufoques. Alors la prochaine fois que vous croiserez votre laitier, proposez-lui donc un tour en train fantôme avec du Deerhoof à fond dans les tympans. Un pur divertissement garanti !

Florian - site.

nom_image

 

-) 2005 : 'The Runners Four' sur Kill Rock Stars.

Ce qu'en pense Pinkushion :

[...] Le groupe culte de San Francisco joue un rock pur et dur - aussi pur dans l’esprit que dur dans la forme -, un rock déstructuré, dissonant, fragmenté, riche de nombreuses collisions instrumentales. Une musique farouche qui a oublié les belles manières et les génuflexions devant l’autel du rock. Deerhoof se drape moins dans le respect des us et coutumes d’un style musical qui a fait long feu - et peut-être son temps - qu’il n’en reformule, avec le sourire aux lèvres, les enjeux vitaux. Et le sourire s’avère grinçant, le rire strident. Mais si pointe une joie ludique, presque enfantine, à déconstruire l’architecture d’un rock canonisé, celle-ci vise tout autant à redistribuer qu’à brouiller les cartes ; et qui saura les retourner découvrira alors la part d’ombre qu’elles dissimulent, lame de fond sensible qui submerge l’apparente colère.

Cette sensibilité est à l’honneur sur The Runners Four, nouveau disque plus long qu’à l’accoutumée (20 titres en un peu moins d’une heure), qui emboîte le pas au déjà très bon Green Cosmos (sorti cet été), et qui laisse à penser de prime abord que le groupe a arrondi les angles, gommé en grande partie les saillies noisy pour mieux laisser émerger les mélodies, plus fluides et directes que par le passé. De même, la voix douce et posée du batteur-pirate Greg Saunier vient dialoguer (“After Me the Deluge”) ou alterner (“Odyssey”) avec celle, plus criarde, de la bassiste Satomi Matzusaki (dans une veine proche de celle de Kazu Makino du groupe Blonde Redhead, dont la musique tisse d’ailleurs plus d’un lien avec celle de Deerhoof), suggérant sérénité et complémentarité. Les changements de plages s’opèrent également selon un mode moins abrupte, la juxtaposition des titres obéissant à davantage de tenue, là où une certaine approximation pouvait parfois être dommageable dans leurs albums précédents. Une tenue que l’on retrouve en fait au sein de chacun des morceaux qui, s’ils s’avèrent glisser à travers les mailles harmoniques, demeurent malgré tout contenus, jamais totalement livrés à eux-mêmes. Si bien que The Runners Four communique un sentiment nouveau de tenace plénitude créative, la somme des titres formant un tout dense et paradoxalement homogène, mais sans que ne soit pour autant brimée l’aptitude du groupe à tracer des lignes brisées, à se risquer à des apartés instrumentalo-expérimentales (l’épilogue étonnant de “Spirit Ditties of No Tone”, “Midnight Bicycle Mystery”), à accélérer/ralentir le tempo quand bon lui semble (“Siriustar”) ou encore à incorporer de magistrales décharges de guitares abrasives (“Scream Team”).

Autre sujet d’enthousiasme : la facilité déconcertante qu’a le groupe à synthétiser en creux les musiques qu’il aime - qualité qui au demeurant fait de lui plus qu’un digne successeur des Sonic Youth. Indie-rock, noise-pop, blues, free jazz, art-punk sont tordus, pervertis avec une maestria qui mélange approche classique (traditionnelle) et pillage irrespectueux. Une allégeance dévoyée qui fait de la musique de Deerhoof un original et foisonnant condensé rock de ces quarante dernières années. Si le style peut parfois s’avérer un peu maniéré (trop de savoir accule à trop de surplomb), la musique du quartet s’incarne sur un versant suffisamment spontané et non prémédité pour délivrer in fine un rock ad hoc sans fioritures. Délaissant cette fois-ci complètement ses penchants électroniques pour travailler, guitares aiguisées, à même la matière originelle le sempiternel couplet-refrain, Deerhoof en son credo iconoclaste attise les basculements et changements de caps féconds, qui sont moins des exceptions à la règle (l’idiome rock) que l’établissement souverain d’une nouvelle règle. Entre ordre et désordre, érudition et juvénilité le rock jamais tranché mais continuellement tranchant de Derrhoof effectue une mue sans doute provisoire mais fondamentalement novatrice, dont The Runners Four s’avère être en l’état le parfait réceptacle.

Fabrice - site.

nom_image

 

Audio

Des dizaines de morceaux peuvent être téléchargés ici. Une vidéo peut être visionnée ici.

 

Web

-) Site officiel.
-) Myspace.
-) Kill Rock Stars.