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ARCHIVES | 2006 | MUSIQUE | GRAILS


Biographie

La musique de Grails est évocatrice, sinueuse et imprévisible. Il est donc logique que tout ce qui a été écrit à leur sujet mentionne combien l'auditeur est rappelé à ses propres expériences, horizons, humeurs ou rêves. Les gens réagissent avec émotion aux chansons puissamment évocatrices du quintet de Portland, Orégon, parce qu'il les contraint à combler eux-mêmes le trou entre musique et langage. Pour citer un sage du 20ème siècle, "la musique instrumentale est une Musique Totale": aucune voix ne peut nous dire comment nous devrions nous sentir, seule la force émotionnelle et troublante de la musique le peut.

 

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Grails a commencé vers la fin des années '90 en tant que projet solo du guitariste Alex Hall. Ayant fait le tour de la scène punk underground locale, il décide que le monde compte suffisamment de groupes de rock. Ainsi donc, il garde sa musique pour lui. Mais le batteur et colocataire Emil Amos (également membre de Holy Sons) encourage Hall à monter un groupe et à jouer ses mini-symphonies en public. Un petit collectif de musiciens locaux talentueux - le violoniste Timothy Horner, ancien élève de Jackie-O Motherfucker; le pianiste/bassiste classique William Slater; et le deuxième guitarist Zak Riles - naît sous le nom de Laurel Canyon, dans le but de jouer quelques concerts isolés. La réaction du public a été si forte qu'un groupe était né, malgré lui.

 

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Laurel Canyon a enregistré et auto-produit deux EP's en 2000 et 2001 sur Pamlico Sounds, joué quelques concerts, et a vite été invité par Michael Gira (Swans, Angels Of Light) à jouer ses premières parties. Sur un coup de tête, Hall envoie une démo à Neurot Recordings et, peu après, a la bonne surprise de se voir offrir de rejoindre le label, par Steve Von Till, co-fondateur de Neurot, par ailleurs également guitariste/chanteur de Neurosis. Les gens du label, pourtant réputé pour ne sortir à la base que de la musique émanant de l'entourage des deux fondateurs (et pas n'importe quel groupe envoyant une démo), ont été si touchés par la musique de Laurel Canyon, qu'ils les ont invités à rejoindre leur catalogue.

Ensuite, tout se met en place rapidement. 'The Burden of Hope' sort sous le nouveau nom du groupe, Grails, en 2003. Il est suivi par leur deuxième album, 'Red Light', en 2004. Récemment, le groupe a enregistré 3 reprises, compilée sur 'Interpretation', leur dernier EP, sorti en octobre 2005.

 

Discographie

-) 2003 : 'The Burden Of Hope' sur Neurot Recordings.

Ce qu'en pense Derives :

[...] On évoque très souvent à leur sujet Godspeed You Black Emperor et Dirty Three, sans doute par cette attirance pour les mêmes climats froids des premiers et un certain rôle central du violon similaire aux seconds. Mais ça s’arrête là car au-delà de similitudes de surface, Grails développe bel et bien une écriture propre. Du post-rock instrumental certes, mais à l’écriture resserrée – les morceaux sont courts – où la mélodie joue un rôle important. Pas de surplace ici, les morceaux évoluent sans cesse, solides, mais jamais grandiloquents non plus. En un mot Grails fait preuve de rigueur et il y a quelque chose de typiquement américain là-dedans. Grails joue une musique restreinte, sans bavures ou épanchements, toujours héritière d’une scène post-hardcore locale qui a enfanté la scène de Chicago et d’autres en échos.

Tout commence fort avec le relevé ‘Burden of Hope’, entre violon sombre, guitare délicate et batterie claire, comme une promenade sous la pluie, tantôt battante, tantôt apaisée, mais qui jamais ne baisse la garde. Une musique pas très colorée mais pourtant riche de nuances. Percussions minimales et guitare pensive sur le très beau et songeur ‘Lord I Hate Your Day’.

‘The Deed’ est plus théâtral, presque dur et grinçant, comme un blizzard glaçant l’hiver, qui claque les volets et nous fait tressaillir de froid.

Mais le piano de ‘In The Beginning’ sonne déjà comme le retour du soleil et du dégel. ‘Invocation’ flotte même dans les airs, comme une montgolfière en apesanteur, sous ses rayons horizontaux. Grails se lance alors dans une reprise des Sun City Girls, ‘Space Prophet Dogon’, ils prennent ici une dimension plus mélodique et orchestrale, guitare et batterie sont maîtres du jeu.

On glisse vers les paysages hivernaux lumineux, sublimes et émouvants de ‘The March’ et ‘Broken Ballad’. Un grand bol d’air frais, de mélancolie solitaire. Sur ‘White Flag’, le groupe laisse entrevoir un visage plus climatique, expérimental et sombre, plus rock en un sens, plus à la GYBE également mais d’une manière bien plus décharnée et économe, moins grandiloquente que les Canadiens. L’album peut se terminer en douceur sur le très doux et rêveur ‘Canyon Hymn’.

Bon premier album que ce ‘Burden of hope’ pour un groupe déjà d’un haut niveau dont on se délecte déjà d’entendre la suite des aventures.

Didier - site.

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-) 2004 : 'Red Light' sur Neurot Recordings.

Ce qu'en pense Infratunes :

Au sens large [...] le "post-rock" naît de la volonté de rompre avec la structure fondamentale du rock : la forme couplet/refrain. En ce sens, [il] apparaît comme un défi lancé à la production musicale actuelle dont la plus grande part est encore largement dominée par cette forme-chanson.

L’instrumentalité est la manière la plus nette de relever ce défi : l’exclusion de la voix permet d’échapper à la forme-chanson tant il semble que le chant lui-même exige une telle forme. Toutefois, il est des manières de pousser plus loin cette rupture formelle. 'Red Light' de Grails en atteste : si des motifs thématiques sont identifiables, ceux-ci ne sont pas assimilables à des mélodies puisqu’ils ne participent pas d’une structure répétitive. Lorsqu’il sont effectivement répétés, ils le sont en quelque sorte purement et simplement, c’est dire qu’il n’y a pas répétition, mais enveloppement d’un même motif pendant une certaine durée (Worksong).

'Red Light' de Grails est une réussite, parce que les canons y sont constamment inventés. Des canons qui ne semblent convenir à chaque fois qu’à un morceau [...]. Dans une certaine mesure, c’est un peu comme si la règle ne pouvait durer que le temps d’un morceau, comme si ce qui la caractérisait était son caractère éphémère. Non qu’elle ne puisse se répéter ; mais, sa répétition va de pair avec la répétition du morceau dont le mobile peut être la répétition.

En extrapolant, on pourrait dire que Word Made Flesh, conclusion de l’album, parle de quelque chose de ce genre : une sorte d’incarnation du concept dans la musique, l’incarnation de la règle musicale dans l’exécution elle-même avec pour conséquence l’impossibilité de dissocier la règle de son application, la musique de son exécution. C’est extrapoler certes, mais une telle extrapolation rend peut-être compte de l’intérêt de 'Red Light', un intérêt qui n’est pas conceptuel, mais musical, puisque cela finit par être tout un.

Chaque morceau est à prendre comme une décision, celle d’aller quelque part lorsque l’on peut aller n’importe où. Chaque morceau de Grails est ainsi une aventure audible — auditive.

Jérôme O. - site.

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-) 2005 : 'Interpretations' sur Latitudes.

Ce qu'en pense Millefeuille :

On pouvait se demander, à l'époque de la sortie de The Burden of Hope (2003), d'où Grails tirait ce son si personnel, à la fois patiné et un peu baroque. Aujourd'hui, on ne se le demande plus : après la reprise de Sun City Girls (Space Prophet Dogon, judicieusement précédée d'une Invocation) sur ce premier album, la contribution à la compilation Temporary Residence en hommage à Black Sabbath (Everything Comes and Goes), et enfin ce petit EP, marquant le lancement de la série limitée Latitudes chez Southern, uniquement composé de reprises, il est bien clair que Grails est un groupe qui a sa nébuleuse d'influences située à des kilomètres du post-rock dont on a pu être tenté de le rapprocher d'abord.

Satori, pièce maîtresse de l'obscur groupe japonais du début des années 70, Flower Travelling Band, rappelle d'entrée très fortement Space Prophet Dogon, tout particulièrement par cette simplicité de composition, et ces montées à répétition, qui contrastent tellement avec les morceaux originaux du groupe - qui se reconnaissent à leur complexité typique, si bien mise en valeur sur Redlight (le second LP, 2004). On avait déjà pu entendre Satori en concert, et il est certainement plus facile pour Grails de jouer de tels morceaux live, tant leurs pièces sont parfois difficiles à faire passer. Space Odyssey, reprise de The Byrds, fait une transition douce vers le final Master Builder, bien plus psychédélique, probablement le morceau le plus sympathique de ce petit EP, où l'on retrouve enfin le "vrai" Grails, avec sa batterie surchargée, sa guitare-héroïne, et ce violon aux accents si précis et personnels.

Dans l'ensemble, Grails ne réalise certainement pas là son meilleur disque, un peu trop court, un peu trop conventionnel, manquant peut-être d'un peu de liberté par rapport aux versions originales. Mais rien de catastrophique, en un sens, Interpretations est un manifeste "grailsien" : voilà nos influences, voilà d'où on vient, une petite révérence, avant de repartir pour le prochain album et le split avec Red Sparowes, Black Tar Prophecies, à venir à la fin de l'année sur Robotic Empire.

Constantin D. - site.

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Audio

Quelques morceaux sont à télécharger ici.

 

Web

-) Site officiel.
-) Myspace.
-) Neurot Recordings.
-) Latitudes.