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Biographie

En ces temps délétères, alors que l’obscurantisme gagne du terrain, que les fondements des croyances sont bafoués au nom d’interminables conquêtes, un dogme est en plein boom : le conspirationnisme. Comme toutes les religions qu’elle entend dénoncer, cette doctrine fournit son lot de réponses rassurantes face au chaos du monde contemporain, se réappropriant à son compte le moindre événement suspicieux pour étayer ses théories. Légendes urbaines élevées au rang de vérités universelles, usage abusif de la numérologie (sur le 11 septembre : si l’on multiplie 9 par 11, on obtient 99, ce qui à l’envers nous donne 66, quasiment le chiffre de la bête), certitude que le monde est gouverné par une société secrète.

 

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Avec son deuxième album, le groupe Rien ausculte ce nouveau phénomène, avec sa distance pragmatique coutumière. Une démarche aussi dénonciatrice que cynique mais après tout, si ça a marché pour les médiocres bouquins de Dan Brown, qu’est-ce qui empêcherait une flamboyante formation post-rock grenobloise de surfer sur l’air du temps ?

 

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Entouré de l’intégralité des sbires qui contribuèrent joyeusement au boxon de Requiem pour des Baroqueux, et de nouvelles têtes (en majorité des exilés artistiques ayant tourné le dos à la Scientologie), les membres de Rien nous démontrent avec cet opus flambant neuf qu’Il ne peut y avoir de prédiction sans avenir. Un album gorgé d’assertions troublantes et de contre-vérités, où l’auditeur a la charge de reconstituer les pièces du puzzle pour se révéler lui-même.

 

Discographie

-) 2003 : 'Requiem pour des baroqueux' sur l'Amicale Underground.

Ce qu'en pense Liabilty :

Les journalistes de la presse musicale doivent jubiler en voyant un nom de groupe pareil, propice aux jeux de mots les plus saugrenus. Rien est un collectif grenoblois aux contours flous et à l’humour mordant, dont les membres ont des activités diversifiées : théâtre, réalisation de courts-métrages et musique, versant tous dans la poésie absurde.

« Requiem Pour Des Baroqueux » est un disque qui unit remarquablement ces différents modes d’expression : extraits d’émissions radio, de séries télé, déclamation de textes littéraires, cris désarticulés et incompréhensibles parsèment cet ovni inclassable d’une force de suggestion et d’une originalité qui inspirent le respect. Plusieurs niveaux de lecture, qui peuvent présenter successivement ce premier album de Rien comme un théâtre d’émotions exagérées, de visages distordus qui surjouent des pièces absurdes ; un fourre-tout musical dans lequel se mélangent post-rock, rock, psychédélisme, musique de films, free-jazz et pleins de sons bizarres ; un documentaire qui oscille de façon assez déstabilisante entre le plus grand sérieux et une connerie railleuse. Difficile de décrire une œuvre qui comprend autant d’influences diverses. Rien surprend constamment, change de style toutes les 3 minutes. Tentons une description pas-à-pas afin de donner un aperçu représentatif de cet objet bizarroïde, voire unique :

- Le titre éponyme, suite en deux parties de 22 et 12 minutes dans l’esprit de Godspeed, ouvre et clôt l’album : c’est un collage abstrait de courts-métrages sonores qui n’est pas sans rappeler le formidable « Levez Vos Skinny Fists… ». Le son très propre, très maîtrisé des grenoblois contraste toutefois avec la folie bruitiste de nos chers canadiens. A noter, une lecture des dernières volontés du général de Gaulle quant à l’organisation de ses propres obsèques sur fond de guitare acoustique. - « Dallas session », ou un best of des meilleures répliques (VF) de la cultissime série télé. Les sketches des Inconnus ne sont pas loin. - « Mesto Piano » : 45 secondes, de xylophone angoissant et minimaliste. - « Fantasia Chez Les Ploucs » : « Nom de Dieu, mais qu’est c’qui peut puer comme ça ? Beuh, p’t’être que c’est crevé ? Mais rien peut être mort à c’point là ! ». Ca commence bien… et le spectacle n’est pas fini mesdames-et-messieurs ! On continue avec : du jazz, du générique télé seventies à la « Mission Impossible », des flûtes rappelant King Crimson à ses débuts, des chœurs floydiens, du post-rock sautillant, des trémolos siciliens… - « Stare Mesto » : un texte parlé d’une voix neutre (dont Diabologum aurait pu être l’auteur), moment poignant qui montre que les fous peuvent eux aussi avoir leurs moments de gravité. Un poème urbain et dadaïste. - « Décalage Contrôlé » : document édifiant qu’on jurerait sorti tout droit du Secret de Rackham le Rouge. Un professeur à l’accent slave caricatutal, qu’on imagine avec une barbiche pointue et un imper vert, explique le fonctionnement de son bathyscaphe à un journaliste hypocrite.

Avec ce premier album brillant, Rien invente un mode d’expression qui inclut la musique strico sensu dans un ensemble plus large, donc plus riche : les messages fusent dans tous les sens, qu’ils soient sérieux, iconoclastes, ou parfois touchants. Précipitez-vous sur ce disque qui ne ressemble à… rien.

Merde, j'ai craqué.

Yves - site.

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-) 2007 : 'Il ne peut y avoir de prédiction sans avenir' sur l'Amicale Underground.

Ce qu'en pense Les Inrocks :

ROCK : Album stupéfiant du collectif Grenoblois que Montréal nous envie.

En 2003, leur fabuleux premier album s'appelait "Requiem pour des Baroqueux". Pas de doute, les grenoblois ont la science des titres. Ils s'y connaissent aussi en humour crypté, si l'on en juge par les textes savemment jetés qu'ils ont glissé dans l'emballage cartonné de leur nouveau disque - lequel après d'habiles manipulations, se transforme en somptuseuse pyramide. Leur musique, elle, est exceptionnelle. Par paresse, on pourrait comparer RIEN à Godspeed You! : même énergie collective mise au service d'une beauté explosive, même aptitude à user du lyrisme comme d'une arme à feu. Mais Rien va plus loin : superbement montées, ses pièces instrumentales reposent sur des enchainements de séquences mélodiques exécutées avec une virtuosité et une invention de tous les instants. Du post-prog alors ? Oui sauf que RIEN s'illustre avec une ardeur tout aussi radicale sur les terrains du rock eighties réinventé (B.A.S.I.C, avec le chanteur de The Eternals), du blues mal peigné (cowboys don't cry) ou du slam déviant (Se Repulen, avec l'excellent Jull). Le générique de fin, lu par ce même Jull, s'achève sur une citation d'Adorno, qui résume tout : "Avec la liberté de ce lui que la culture n'a pas entièrement englouti, le vagabond de la musique ramasse le morceau de verre qu'il trouve sur la route et le tend vers le soleil pour en faire jaillir mille couleurs." Et Jull d'ajouter : "Ce disque était l'histoire de ce vagabond." Puisse ce dernier poursuivre longtemps son errance, et partager avec nous le fruit miraculeux des ses découvertes.

Richard Robert - site.

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Audio

Les deux albums peuvent être téléchargés gratuitement ici.

 

Web

-) Site officiel.
-) Myspace.