FR | EN | NL

ARCHIVES | 2008 | MUSIQUE | ENABLERS


Biographie

Ces Américains ingénieux, compulsifs et malveillants qu'on attend consciemment pour nous conduire jusqu'à la destruction attendue. Ces petits démons qui frétillent dans nos oreilles, nous encourageant à faire ce que nous savons ne pas devoir faire.

 

photo1

 

Enablers, quartet de San Francisco, écrit des chansons aussi manipulatrices que directrices, vers nos désirs les plus noirs. Le groupe, construit autour de bourlingueurs vétérans de Swans, Tarnation, Nice Strong Arm et Toiling Midgets, mélange des paysages mélodiques dramatiques et fluides -que le San Francisco Gate nomme d'ailleurs "certainement le meilleur power trio du monde" - avec les spoken words viscéraux de l'écrivain underground Pete Simonelli. C'est presque comme si la musique fluide et souvent apaisante du groupe existait pour distraire nos meilleurs instincts pendant que Simonelli murmure au dessus de tout, nous pressant et nous endormant vers le monde noir et décrépit de ses mots.

Le guitariste et ingénieur du son Joe Goldring a collaboré avec Swans, Toiling Midgets et avec Doug Scharin de June of 44, sous le nom Out in Worship, de même que sur les projets solo de Steve Von Till (Neurosis).
Kevin Thomson, bassiste / guitariste, ancien de Timco et Nice Strong Arm, a joué et tourné pendant vingt ans avec ses propres projets et collabore avec Goldring depuis dix ans, notamment dans Morning Champ, Touched by a Janitor, et aujourd'hui Enablers.
Yuma Joe Byrnes, à la batterie, a teinté de sa touche unique les mélodies de Tarnation, Broken Horse et bien d'autres encore.
Pete Simonelli écrit et publie depuis des années dans des papiers underground et mesure aujourd'hui ses poèmes à l'aune de Enablers.

 

photo2

 

Output Negative Space démarre là où End Note, le premier album, sur Neurot Recordings, était resté, ajoutant des mélodies plus élevées aux précédentes, tantôt s^èches et craquantes, tantôt électriques et tendues. Musicalement, on y retrouve les dynamiques de Slint ainsi que l'intellect cru néo-beat de Saccharine Trust. Mais, par dessus tout, Enablers crée une musique qui vit dans un royaume au delà des réflexes typiques des morceaux traditionnels. Quelque chose d'aussi puissant et motivant que notre propre psyché.

 

Discographie

-) 2004 : 'Endnote' sur Neurot Recordings.

Ce qu'en pense xsilence :

End Note c'est l'histoire de trois vétérans roulant leur bosse dans le rock indie depuis un bon paquet d'années et qui se réunissent en 2003 à l'occasion d'une expérience musicale autant que littéraire avec un poête alternatif de San Francisco. En effet, sous l'appellation d'Enablers (à ne pas confondre avec The Enablers), un terme que l'on pourrait traduire par 'Ceux qui en sont capables', les quatre compères livrent ici un album live sorti en 2004 sur le label Neurot Recordings. End Note, drôle d'idée que d'intituler ainsi un premier disque ! Sans doute avait-il été conçu pour être unique, ou bien était-ce une forme d'ironie puisque la formation qui pouvait donner l'impression de n'être qu'un projet sans lendemains a donné suite avec un second très bon disque Output Negative Space (2006). Mais déjà, cette première production est pas mal du tout. Il faut dire, sans craindre de le répéter, que l'on a musicalement à faire ici à trois vieux soutiers, Joe Goldring (guitare) qui officia notamment chez Swans et collabora avec un membre de June Of 44, Yuma Joe Byrnes (batteur) de chez Tarnation puis Kevin Thompson (guitare/basse) ex Timco et autres groupes encore moins connus ; une réunion qui, complétée par la voix de Pete Simonelli, confère à ce premier album une évidente maturité. Tous les quatre savent ce qu'ils font et ne versent pas dans l'épate facile car ils n'ont rien à prouver.

Le contenu du disque lui-même : l'ambiance sombre est immédiatement captivante, elle est tendue, avec montée en puissance progressive ou explosions brutales. Là, je vous vois venir, après en avoir reconnu les principaux éléments, vous me direz qu'il s'agit d'un foutu disque de post-rock de plus. Et je réponds que non : d'abord la durée des morceaux est classique, mais ensuite l'originalité d'Enablers repose surtout sur le quatrième larron, Pete Simonelli et ses cordes vocales. Déjà, ce n'est pas un chanteur, mais un narrateur livrant une forme de spoken-word posée sur une instrumentation rock. On connaît déjà ça par chez nous, depuis l'aventure Diabologum et ses avatars, sauf qu'ici Simonelli n'a pas une voix de premier de la classe. Il ne dispense pas non plus de leçons de morale décousues ou ampoulées, mais des chroniques de la vie quotidienne ; chroniques urbaines, minimalistes et tragiques, alimentées par son talent d'observateur et sa longue pratique de la poésie. Car il a, paraît-il, une oeuvre conséquente dans les revues spécialisées américaines. Dans "A Not So Pretty Sight In Steinbeck Country", par exemple, il raconte l'accident d'un type éjecté de sa voiture lancée à 80 miles à l'heure... Avec cela, Simonelli possède une voix puissante à la diction très claire. Il excelle dans la retenue et la rage contenue, ou encore dans la déclamation grondante et tempétueuse, ce qui donne force vraisemblance à ses évocations parfois explicites (du genre de celles qui donnent droit à un petit label autocollant n&b sur la pochette du disque) ou poétiques. Mais c'est un type qui sait aussi la fermer pour céder la première place et s'effacer derrière les musiciens, notamment la guitare de Goldring, successivement spectrale, limite garage, acérée ou rugissante, à ses riffs tour à tour douloureux, inconfortables ou d'une sécheresse qui n'est pas sans rappeler Shellac à quelques occasions (comme sur "Mainly"). Rythmiquement Enablers assure aussi, car la structure des morceaux se met au service des histoires de Simonelli et suit le déroulement de la narration avec ses sautes d'humeur ou de tempo, ménageant les surprises et ses coups de gueule.

Au final, c'est cette remarquable complémentarité phrasé et musique qui permet à Enablers de rester très éloigné de la prise de tête habituelle du spoken-word rock (Henri Rollins, ou dans une autre catégorie Arnaud Michniak). Que la musique ne soit pas ici qu'un faire-valoir donne un cadre consistant à la narration de Simonelli, elle le contient, le soutient, le magnifie, et encore s'autorise à toujours développer de subtiles lignes mélodiques (plus appuyée sur l'excellent "Pauly's Last Days In Cinema"), ce qui permet du coup à ceux qui ne maîtrisent pas l'anglais de pleinement apprécier cet album.

Adishatz - site.

end note

 

-) 2006 : 'Output Negative Space' sur Neurot Recordings.

Ce qu'en pense Webzine Nameless :

Au premier rang des albums aprs lesquels les choses n'étaient décidément plus pareilles trône l'indépassable "Spiderland" de Slint. Un disque inaperu à sa sortie en 1991 mais qui, quinze années plus tard, reste toujours l'un des plus respectés pourvoyeurs de vocations rocks. Faut dire que depuis Joy Division, jamais plus le rock ne s'était aventuré d'aussi prs des ab”mes sans y succomber et n'avait joué avec l'huile et les allumettes sans provoquer d'incendies...

A la fois contemporain (par l'âge de ses protagonistes) et héritier de ces pyromanes d'un genre nouveau, Enablers, dont c'est ici la deuxime plaque, est le dernier refuge en date de quelques vétérans de l'underground de l'underground U.S. Des parcours liminaires (Swans, Toiling Midgets, Out In Worship...) à peine répertoriés dans les annales de la petite histoire du rock indépendant, mais qui leur offrent de solides gages côté sens des réalités : S'il est trop tard ou impossible d'envisager "le(a) grand(e) oeuvre", autant faire ce que l'on fait le mieux, avec qui l'on a envie et comme il vous sied le plus...

Et en 2006, ce Output Negative Space s'offre comme une relecture distanciée de "Spiderland". La colre est toujours là, mais renvoyée à un palier d'intériorité plus enfoui encore et les quelques rares accs de rage laissés à l'apanage des seuls instruments.

La grande affaire d'Enablers, c'est d'avoir évidé "Spiderland", sans en atténuer l'infinie noirceur pour le peupler de ses propres histoires, au sens littéral du terme. Il n'y aucune "vraies" chansons sur cet album, mais autant de "mises en musique" de textes narrés à la manière d'un Jim Thompson (sans qui le Roman Noir actuel ne le serait pas autant) qui déambulerait encore dans ce monde, privé de ses moyens d'écriture et reconverti en conteur de panache. Pete Simonelli (crédité sur la pochette à words et non à vocals...) ne fait pas du rock, il l'utilise, le vampirise de l'intérieur, se sert de sa force d'impact pour mieux distiller le malaise, de ses relais instrumentaux (l'album regorge de montées en puissance) pour, en douce, infiltrer les consciences, et de ses relatifs moments d'apaisement pour s'y installer durablement.

Ramassé et monolithique comme l'était son modèle (33 minutes et tout est dit), "Output Negative Space" ne perd pas de temps à s'égarer en court de route mais requiert des heures et des heures de fréquentation assidue, non sans risques, pour en explorer les plus infimes recoins, pour en épuiser (?) toute la substantifique moelle de ténèbres.

Et dire que pendant ce temps là, de l'autre côté de l'Atlantique, on peut entendre un jeune promu autoproclamé Grand Corps Malade. Y en a qui ferait passer des pustules d'acné pour des signes avant-coureurs de lèpre...

Yannick - site.

nom_image

 

Audio

Quelques morceaux sont à écouter ici.

Pauly's Days in Cinema, tiré de Endnote

Joe, tiré de Endnote

Sudden Inspection, tiré de Output Negative Space

 

Video

Court extrait de concert à El Limbo, à Madrid

Court extrait de concert dans un squat à Paris

Court extrait de concert au Casbah, à San Diego

 

Web

-) Site officiel.
-) Myspace.
-) Neurot Recordings.